J’étudie les mécanismes par lesquels les groupes produisent du consensus, et les formes de déviance qui en révèlent les normes implicites.
Sociologue de formation, je prolonge par l’écriture une recherche commencée à l’université. Ma thèse portait sur les seuils de la mémoire collective ; je travaille depuis entre la sociologie des groupes et la psychologie sociale. Un même mécanisme m’occupe, la production du consensus : la façon dont une collectivité en vient à partager des évidences qu’aucun de ses membres n’a choisies. Ce processus opère d’abord dans la langue, qui catégorise avant que nous ne percevions, puis dans la mémoire, qui reconstruit autant qu’elle conserve.
Treize ouvrages publiés depuis 2014 creusent la même tension : la pression à la conformité et les marges qui s’y soustraient. Là où le groupe tend à normaliser les conduites et à figer des rôles attendus, la déviance fonctionne comme un révélateur ; en s’écartant de la norme, certaines trajectoires en exhibent le caractère construit et contingent. C’est cette zone d’écart, plus que le centre, que mon écriture cherche à documenter. Mes travaux les plus récents poursuivent cette enquête sur le terrain des nouveaux médias et de l’intelligence artificielle, utilisés comme dispositif expérimental : un récit dont les lecteurs orientent collectivement le déroulement, et jusqu’à l’écriture, permet d’observer le consensus en train de se faire.